accord de durban
M.
le président. La parole est
à Mme Laurence Rossignol.
(Applaudissements
sur les travées du groupe
socialiste-EELV.)
Mme
Laurence Rossignol. Madame la ministre
de l’écologie, dès l’ouverture du sommet de Durban, les
chances étaient bien minces de le voir déboucher sur une
maîtrise du réchauffement climatique en deçà de deux
degrés. Mais, à l’issue de ce sommet, les perspectives sont
franchement alarmantes.
Les expertises des climatologues comme celles de
l’Agence internationale de l’énergie pronostiquent que, si
rien ne change, l’augmentation des émissions de CO2 se traduira par
un accroissement des températures de plus de 3,5 degrés, ce qui
aura, pour les pays africains, les pays insulaires et les peuples les plus
pauvres, des conséquences fatales. Et même les pays les plus riches
n’échapperont pas aux inondations, à la sécheresse, aux
épisodes climatiques extrêmes.
À Durban, les pays les plus pollueurs se sont mis
d’accord pour reporter à 2020 l’éventuelle mise en
œuvre d’un nouvel instrument légal. Le « Fonds
vert » n’est qu’une coquille vide et le protocole de
Kyoto est en passe de devenir un symbole pour les seuls pays qui s’y
accrochent encore.
Il reste que ce qui s’est passé à Durban
n’est pas seulement l’échec d’une négociation
internationale : c’est celui d’un modèle de
développement productiviste, carboné et soumis au dogme du
libre-échange.
Les émissions de CO2, ce sont bien sûr nos
émissions domestiques, nos modes de vie, mais c’est aussi
l’accroissement des distances entre les lieux de production et les lieux
de consommation, autrement dit les délocalisations
(Mme Marie-Noëlle Lienemann et
M. Claude Dilain applaudissent.), ainsi que la mutation des
agricultures conduite sous la houlette des grands groupes agroalimentaires.
L’enlisement diplomatique n’est pas un
accident : il est voulu par les grandes économies, qui cherchent
à gagner du temps pour se préparer à dominer la compétition
économique de demain. Ceux-là mêmes qui ont provoqué la
crise financière spéculent aujourd’hui sur le futur de la
planète !
Dans un tel contexte, il est indispensable de mobiliser nos
concitoyens et de leur dire la vérité – pas celle du
Président de la République, pour qui, depuis 2010, toutes ces
histoires d’environnement « commencent à bien
faire » ! – mais celle de l’indignation devant
l’injustice et l’imprévoyance.
Je sais que les préoccupations de nos concitoyens sont
largement plus tournées vers la crise et vers ce fameux triple A au
prétexte duquel vous leur avez fait faire tant de sacrifices. Je pense
surtout aux plus démunis d’entre eux, à qui l’on dit
aujourd’hui que ces sacrifices n’ont probablement servi à
rien, mais que, tout compte fait, ce n’est pas si grave…
Madame la ministre, vous rentrez de Durban. Nous y étions
ensemble. Pensez-vous que la bonne méthode soit vraiment d’habiller
un échec en succès pour essayer de faire croire à nos
concitoyens qu’ils peuvent encore garder un peu d’espoir et limiter
leur désespoir ? (Bravo !
et vifs applaudissements sur les
travées du groupe socialiste-EELV et du groupe CRC.)
M.
le président. La parole est
à Mme la ministre de l’écologie.
Mme
Nathalie Kosciusko-Morizet,
ministre de
l'écologie, du développement durable, des transports et du
logement. Madame la sénatrice, je comprends votre point de
vue : si j’étais, comme vous, partie avant la fin de la
négociation, j’aurais probablement le
même ! (Exclamations et
applaudissements sur les travées de
l’UMP.
– Vives protestations sur les travées du groupe
socialiste-EELV.)
M.
Jean-Louis Carrère. Quelle
élégance !
Mme
Nathalie Kosciusko-Morizet,
ministre.
C’est la réalité !
Au moment où vous avez quitté les lieux, nous
étions effectivement sur la voie d’un échec. Alors que la
conférence était finie, nous n’avions pas encore trouvé
d’accord. Ce n’est qu’au terme d’une prolongation de
trente-six heures, dans une tension extrême, qu’un accord a pu
être trouvé.
Certes, nous n’avons pas sauvé la planète. Il
en faudra bien plus pour limiter à moins de deux degrés
l’augmentation de la température moyenne, mais l’accord
reconnaît, et c’est la première fois, l’écart
existant entre les actions menées et celles qui seraient nécessaires
pour lutter contre le changement climatique. Pour la première fois, je
l’ai déjà dit, de grands émetteurs et de grands pays
émergents sont associés à un accord.
Mme
Marie-Noëlle Lienemann. Le Canada
se retire !
Mme
Nathalie Kosciusko-Morizet,
ministre.
L’Union européenne représente 11 % des émissions de
gaz à effet de serre dans le monde. Si l’on y ajoute les pays qui
sont aujourd'hui prêts à s’engager avec elle dans la poursuite
du protocole de Kyoto, ce taux atteint 16 %, soit une part très
minoritaire des émissions. En outre, cette part va en se réduisant
compte tenu de la dynamique de croissance des pays émergents.
Bien sûr, il était important de prolonger le
protocole de Kyoto, mais cela n’aurait pas suffi à sauver la
planète. Cela n’aurait pas non plus suffi pour créer une
dynamique qui nous permette d’avoir de l’espérance.
Oui, je le prétends, la négociation de
l’accord de Durban dans ces conditions est un succès. Nous allons
mieux après qu’avant, même si nous n’avons pas encore
soigné tout le mal.
Par ailleurs, des financements innovants viendront abonder le
Fonds vert pour le climat.
M.
Jean-Louis Carrère. Ils ne sont
pas innovants, ils sont inexistants !
Mme
Nathalie Kosciusko-Morizet,
ministre.
Cette initiative prise par le Président de la République lors du G20
présidé par la France est aujourd'hui reprise et figure dans
l’accord.
Puisque vous avez évoqué l’agriculture, madame
la sénatrice, vous auriez pu faire remarquer que la France était le
facilitateur du groupe sur l’agriculture et que, pour la première
fois, là encore, un accord sur la lutte contre le changement climatique
prévoit un dialogue sur l’agriculture.
Je vous invite, madame la sénatrice, à sortir de
l’idéologie. (Exclamations sur
les travées du groupe socialiste-EELV. – Marques d’approbation
sur les travées de l’UMP.)
M.
Alain Gournac. Ça, ce sera
dur !
Mme
Nathalie Kosciusko-Morizet,
ministre.
Vous avez, vous, pu voir ce qu’il en était sur place. Certains ont
formulé des critiques depuis Paris. C’est parce qu’ils
n’ont pas eu la chance de vivre la complexité, l’ambiance et,
finalement, les succès de cette négociation.
(Applaudissements
sur les travées de
l’UMP
et de l’UCR.)
M.
Alain Gournac. Bravo !