presse écrite
M.
le président. La parole est
à Mme Marie-Christine Blandin.
Mme
Marie-Christine Blandin. Ma question
s'adresse à M. le ministre de la culture et de la communication.
M.
Didier Boulaud. Il n’est pas
là !
Mme
Marie-Christine Blandin. Elle concerne
la situation d’urgence dans laquelle se trouvent plusieurs titres de la
presse nationale. Je pense à l’agonie de France-Soir, version
papier, un journal créé par Pierre Lazareff, mais également aux
difficultés de La Tribune, dont le sort se joue demain
– en tout cas pour une première étape – au
tribunal de commerce, qui recueillera les éventuelles offres de reprise.
Les écologistes, avec la majorité de gauche,
considèrent l’existence d’une presse d’opinion, le
pluralisme du bouquet de titres en vente comme fondement et gage d’une
vraie démocratie.
La dégradation du système de soutien à la
presse ainsi que le silence du Gouvernement sur les titres en péril
– La Tribune ou France-Soir : c’est plus de
150 journalistes ! – suscitent l’inquiétude
quant au devenir des aides à la presse, dont certaines, malgré des
critères comme l’aide au portage, semblent solubles dans des plans
sociaux opportunistes ou la trésorerie d’éphémères
repreneurs.
Je rappelle que la disparition d’un ou plusieurs titres
amorce un effet domino, une spirale fatale : augmentation du coût de
diffusion pour les autres, fragilisation de leur modèle économique,
dégradation des contenus, concentration des impressions, avec des horaires
trop avancés pour certains, voire fermeture d’imprimeries.
La seule disparition de la publication Paru Vendu
menace, par exemple, l’imprimerie Hebdoprint et ses
500 salariés dans des sites comme Lomme, dans le Nord, ou Les Angles,
dans le Gard.
Monsieur le ministre, parce qu’il s’agit de
milliers d’emplois qualifiés, de pluralisme et de qualité de la
presse, donc de démocratie, parce qu’il y a urgence et devoir pour
notre pays, qui ne saurait confondre groupe de presse et vulgaire terrain
spéculatif pour groupe industriel en mal d’image, parce que 2012 ne
peut s’envisager sans diversité d’analyses et
d’opinions, que comptez-vous faire pour sauver ces titres ?
(Applaudissements
sur les travées du groupe CRC et du
groupe socialiste-EELV, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M.
le président. La parole est
à M. le ministre chargé des relations avec le Parlement.
M.
Patrick Ollier,
ministre
auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le
Parlement. Madame Blandin, je vous prie d’abord d’excuser
l’absence de M. Frédéric Mitterrand, qui est en Guyane
pour les états généraux du multilinguisme.
Vous dites que l’existence d’une presse
d’opinion est gage de démocratie. Le Gouvernement est tout à
fait d’accord avec vous ; c’est d’ailleurs la raison
pour laquelle, en 2009, le Président de la République a pris
l’initiative d’un vaste plan d’accompagnement pour la
presse : 580 millions d’euros en moyens nouveaux sur trois ans.
Mme
Marie-Christine Blandin. Où
sont-ils passés ?
M.
Patrick Ollier,
ministre.
Jamais l’État n’avait réformé si rapidement et si
profondément le secteur de la presse.
Cette initiative, unique en Europe, a permis
d’enregistrer des résultats prometteurs sur plusieurs fronts :
d’abord, le redressement du chiffre d’affaires du secteur en 2010,
après l’effondrement enregistré en 2009 ; ensuite, des
chiffres de vente de la presse quotidienne nationale d’information qui
affichent une stabilité à la hausse ; enfin, une progression
générale de la presse d’actualité.
Malgré ces signes encourageants, le contexte global reste
troublé et certains journaux historiquement plus fragiles sont
particulièrement touchés par la crise financière.
Les situations ne sont pas comparables, vous l’avez dit,
et plusieurs cas sont actuellement d’une brûlante actualité.
La Tribune, d’abord, a prouvé depuis sa
création qu’elle contribuait à l’enrichissement et à
la diversité d’une information économique de qualité, et,
si le journal n’a jamais atteint l’équilibre financier, il a,
lui, rencontré son public.
Une vingtaine de propositions de reprise auraient
été déposées à ce jour – c’est bon
signe – dont certaines s’appuieraient sur un modèle
bimédia. C’est encourageant pour la qualité et la
crédibilité du titre. La Tribune a toute sa place dans le
paysage de la presse économique française. Attendons les
décisions qui vont être prises.
De son côté, France-Soir subit les
conséquences d’un long déclin, qui remonte à plus de vingt
ans. Le journal ne parvient à trouver ni le public ni les ressources
publicitaires nécessaires à un grand quotidien populaire. Sauf à
injecter des dizaines de millions d’euros, comme cela a déjà
été fait, il est difficile d’aller plus loin. Pour que le titre
survive, il faut en revoir radicalement la formule, et le passage au
tout-numérique est l’option privilégiée par la direction.
M.
David Assouline. C’est la fin de
France-Soir !
M.
Patrick Ollier,
ministre.
Le pari est risqué – monsieur Assouline, vous avez
raison – pour la survie du titre et la garantie des emplois,
principal sujet de préoccupation du travail lancé le
11 décembre dernier sous l’égide du Syndicat de la presse
quotidienne nationale, qui apporte son expertise.
Il importe que les éléments économiques et
sociaux, notamment sur l’avenir du titre à moyen terme, soient
établis. C’est pourquoi Frédéric Mitterrand a demandé
à Alexandre Pougatchev d’apporter toutes les garanties
nécessaires.
M.
David Assouline. Il ne les apporte
pas !
M.
Patrick Ollier,
ministre.
Bien entendu, madame Blandin, vous avez raison : il y aura des
conséquences sur l’emploi dans la région
d’Île-de-France. Toutefois, au travers d’une convention
signée entre le ministère de la culture et celui du travail, nous
allons renforcer les moyens mis à disposition par Pôle emploi, en
particulier ceux du Centre national de reclassement des journalistes, qui
pourra apporter son aide aux professionnels en difficulté.
Sans l’action du Gouvernement, le paysage de la presse
ne serait déjà plus ce qu’il est encore aujourd’hui et le
pluralisme de l’information en aurait été la première
victime. C’est donc bien la preuve que le Gouvernement est à vos
côtés, madame, pour soutenir la presse d’opinion.
(Applaudissements
sur les travées de
l’UMP.)
M.
David Assouline. Pas
France-Soir, que vous avez abandonné !